L'illusion d'un espoir
Je me suis souvent dit que toutes les histoires se ressemblaient car elles commençaient toutes par « il était une fois ». Alors par esprit de contradiction je ne commencerais pas la mienne ainsi, je dirais plutôt ....
Il devait être près de minuit, pas un bruit ne se faisait entendre dans la maison et la lune, d'une lueur mystique faisait de pâles ombres sur les fenêtres.
C'était l'une des premières nuits d'hiver, le froid avait envahi la vallée, et tout était aussi calme au dehors que dans la maison.
Les milliers de pensées qui me traversaient la tête faisaient de cette quiétude un vacarme assourdissant. A ce moment, trouver le repos aurait été comme demander à la nuit de ne jamais tomber, c'était tout simplement impossible. Après avoir essayer de toutes mes forces de faire taire ces voix qui me pourchassaient jusque tard dans la nuit, je me résignai à me lever et décidai de m'installer à la fenêtre. C'était devenu un rituel lorsque je ne pouvais réussir à trouver le repos. De là j'observais les étoiles et le paysage, et après un certains temps, mes pensées s'effaçaient pour laisser place à l'émerveillement que me procurait cette vision magnifique.
Lorsque mon arrière arrière grand-père avait fait construire cette maison, je ne pense pas qu'il avait conscience de ce que cela entraînerait sur sa descendance. Il avait racheté le terrain à un fermier ruiné qui avait décidé d'aller tenter sa chance aux Amériques. Après avoir totalement détruis les champs ainsi que la maison et la grange, il décida de faire construire la maison de ses rêves. Il fit en même temps construire la maison de mes rêves. D'un côté nous avions vu sur une vallée bordée d'une forêt luxuriante, qui, dés le début du printemps, regorgeait de couleurs éblouissantes. De l'autre côté nous pouvions admirer une magnifique falaise ainsi que la mer jusqu'à perte de vue. C'était de ce côté que donnait ma chambre. A l'origine elle était destinée à ma s½ur aînée Janeth mais elle la trouvait trop déprimante à son goût. Pour mon plus grand bonheur elle supplia mes parents d'échanger nos chambres. Ils acceptèrent afin de pouvoir retrouver un semblant de paix, et nous fûmes toutes deux au comble du bonheur.
Pour ce qui est de ma s½ur ce bonheur perdura jusqu'à ses dix neuf ans, âge auquel elle rencontra un officier de bonne famille, qui, lorsqu'il appris que notre famille était la plus riche du comté, s'empressa de demander sa main à mon père. Dés ce jour, son bonheur n'en fût que décuplé, elle fit un mariage époustouflant et s'installa dans une maison presque aussi grande que la notre. Je dis presque car elle ne comportait en tout que huit chambre, alors que le notre en possède douze.
Quant à mon frère, James, l'aîné des enfants Forsters, il avait à ses pieds la moitié des filles du comté, et toutes étaient prêtes à vendre leur âme au diable pour devenir la futur Madame Forsters.
Ne restait que moi, la plus jeune, Elisabeth. J'avais autour de moi une foule de jeune fille qui ne désirait qu'une chose être ma meilleure amie. Peut-être pensait-elles qu'ainsi elles pourraient rencontrer mon frère et l'épouser. Je ne pouvais faire un pas hors de chez moi sans avoir toute une suite de jeune fille parée des plus beaux bijoux et vêtue de robes éblouissantes. Malgré cette foule, je ne pouvais combler le vide qui peu à peu chaque jour m'envahissait. Elles étaient toutes trop occupées à parler des dernières excentricités de Mme Welling, une femme aux m½urs peu recommandable et dont la compagnie était des plus désagréable, ou encore à raconter les derniers potins. En ce moment leur sujet de discussion favoris, si on peu appeler des piaillements stridents une discussion, était le prochain bal que l'on donnerait chez moi, en l'honneur de l'arrivée des officiers. Au fur et à mesure que les jours passaient, ma solitude s'amplifiait. Et plus elle s'amplifiait, plus j'avais l'impression de perdre pieds, comme si j'allais me noyer sous le flot de choses futiles, qui pourtant d'apparence inoffensives, me rongeaient de l'intérieur.
Un jour alors que j'écrivais une lettre à ma s½ur, je lui expliquai à quel point je me sentais seule et à quel point je trouvais mon existence vide de sens. Lorsque j'eu fini, je la relu pour vérifier qu'il n'y avait pas, ou tout du moins peu, de faute d'orthographe. Mais lorsque je la relue, je n'eu pas l'impression de réellement m'adresser à ma s½ur, mais plutôt comme à quelqu'un à qui je pouvais raconter toutes ces petites choses qui me traversaient l'esprit. Une personne qui connaîtrait les moindres recoins de mon âme. Dés lors, je décidai de retranscrire la moindre chose qui ma passerait par la tête. Je ne sortis plus aussi souvent qu'avant. J'avais aménagé ma chambre de façon à ce que ma table soit juste à côté de la fenêtre, ainsi je pourrais écrire et regarder la mer. Je passais donc la plupart de mon temps dans ma chambre, ou assise au bord de la falaise. J'y passais tellement de temps que ma mère pensait que j'étais en train de devenir folle. Elle ne pouvait pas comprendre que c'était justement pour éviter de le devenir que je me cloîtrais dans cette bulle protectrice que je m'étais créé. Cette soudaine passion pour l'écriture me fit espérer devenir un jour un grand auteur, et non une bourgeoise coincée, ne vivant que pour la réussite de son mari. Près de cette fenêtre tout me semblait plus simple.
Mais ce soir, rien n'y fait. La vue du ciel ne parvient pas à me calmer. Et je sais qu'il faut que je sorte. Pourquoi je ne le sais pas, mais je sais qu'il faut que je le fasse. Je dois m'approcher de la falaise. Dehors le vent venant du rivage frappe les fenêtres, et je ne suis couvertes que de ma chemise de nuit et d'un châle fin, mais peu importe, je n'ai pas le temps de me couvrir, il faut que je sorte maintenant.
A peine ai-je mis un orteil dehors que je sens le froid et l'obscurité m'envahir, ce n'est pas grave, demain je serais malade, mais pour le moment j'avance. Je franchis la palissade que, lorsque j'étais enfant, mon père avait construis pour m'empêcher d'aller jouer près de la falaise. Arrivée au bord, l'air chargé des embruns de la mer me transporte littéralement, comme si des ailes m'avaient poussés dans le dos. Je m'assois, les jambes dans le vide et j'observe le spectacle magnifique que la nature m'offre.
Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là, assez longtemps je pense pour ne plus ressentir le froid sur ma pied. C'est comme si la moindre partie de mon corps était gelée. Mais comparée à la paix qui m'envahissait, le froid n'était rien. Je sais que je devrais me lever et retourner à l'intérieur me recoucher, mais je ne peux décrocher mon regard de l'eau. Chaque vague m'emporte un peu plus, dans un autre monde. Le monde réel continu de tourner, je pense, juste à côté de moi, mais je ne peux m'y rattacher. Il trop douloureux, trop dur à l'effort. Le temps lui, semble avoir suspendu sa course, comme pour me laisser le temps de réfléchir sur l'importance de ma vie. De mettre en ordre mes pensées.
Pouvoir enfin trouver la paix, voilà ce que je désir le plus au monde. Je sais que ma vie ne sera jamais aussi belle qu'à cet instant, ce serait pure folie que de penser le contraire. Mais l'illusion de pouvoir me raccrocher à l'espoir de cette paix intérieur plus tard me donne un certain réconfort.
J'aime ma famille, mais je ne peux continuer à prétendre faire partie des leurs. Je ne peux faire semblant d'être quelqu'un que je ne veux être à aucun prix. Le comprendront-ils un jour ?